Stratégies de joueurs et stratégies d’apprentissage
Stratégies de joueurs
La mécanique de jeu laisse peu de marge de manœuvre au joueur, au moins au début du jeu, puisqu'il ne dispose pas de suffisamment de pièces pour acheter un élément spécifique du tableau périodique. Par conséquent, sa réussite dépend uniquement des choix et du succès des combinaisons effectuées avec les éléments fournis gratuitement, aléatoirement et en fonction de la programmation (peu de métaux sont disponibles au début pour inviter le joueur à justement prendre conscience de leur utilité compte tenu d'un meilleur point de fusion). Ainsi, au début du jeu l'élève fera plus souvent des liaisons covalentes ou ioniques.
Le joueur peut tenter quelques stratégies qui ne reposent pas sur les connaissances de chimie, par exemple :
-
Une stratégie d'essai-erreur, par exemple en prenant systématiques des doublons d'atomes identiques (pour mieux se souvenir de ses essais), ceux-ci étant présents en grand nombre dans le réservoir fourni gratuitement : le joueur choisit les réponses aux deux questions au hasard pour mémoriser ensuite la réponse correcte affichée (à moins d'un coup de chance qui permet de réussir la première fois) et réussir avec un autre doublon identique par la suite. Or, si cette stratégie peut permettre de construire quelques composés pour son « donjon » sans rien comprendre à la chimie et aux modèles utilisés, le nombre d'atomes fournit aléatoirement dans la réserve est bien trop important, même si ce n'est qu'un échantillon du tableau périodique des éléments, pour que cette stratégie se révèle gagnante. Le joueur aura donc tôt fait de se fatiguer, et de se retrouver « game over ». Il aura néanmoins acquis quelques repères, ou même inféré quelques régularités - comme l’association entre liaison métallique et réseau continu 3D - qui fournissent des indices pour une compréhension conceptuelle.
-
Une stratégie élective, où le joueur choisit les atomes qu'il sait mettre ensemble (p.ex. H et O pour H20), typiquement plutôt avec une liaison ionique (pour les exemples les plus connus comme NaCl) : mais là aussi, vu le grand nombre d'atomes fournis aléatoirement, le joueur se retrouvera à court de cas « connus » assez vite, et de toute manière cette stratégie ne lui permettra pas d'atteindre les composés les plus résistants aux « monstres » qui sont nécessaires à la progression dans le jeu. Le « game over » devient donc également inévitable avec cette stratégie. Elle peut néanmoins mettre le joueur sur la piste du lien à inférer, entre propriétés chimiques macroscopiques et types de liaisons. Or, c’est bien là un des objectifs d’apprentissage.
-
Une stratégie de placement des molécules dans le donjon, spécifique pour ce type de jeu, qui consiste à optimiser le choix des molécules composées et leur placement par rapport à la trajectoire des monstres, en fonction des caractéristiques des diverses catégories de molécules (solides, liquides, gaz à 0°C), en particulier leur solidité, la portée et la puissance de leurs attaques. Mais cette stratégie de joueur le conduit, elle aussi, sur la piste des apprentissages visés par le jeu, puisqu’elle le conduit à s’intéresser à ces caractéristiques et aux points de fusion, et pour un placement et un choix optimal de molécules, à diversifier les combinaisons d’atomes.
Stratégies d’apprentissage
Pour obtenir un score plus élevé en un temps donné, ou le plus rapidement possible, une stratégie basique de cette mécanique de jeu consiste à produire un maximum de molécules le plus vite possible, les placer dans le donjon et lancer l’attaque des monstres. Cela requiert de répondre avec rapidité aux questions concernant les liaisons intra et intermoléculaires. Il s’agit là déjà d’une stratégie d’apprentissage, même si les connaissances acquises peuvent encore se limiter à des savoirs par cœur et relatifs à certaines combinaisons, sans usage du modèle conceptuel. Cette première stratégie rencontre néanmoins assez vite des limites avec l’augmentation du niveau de difficulté, qui expose les molécules du donjon à des températures plus élevées (monstres plus redoutables), et du fait de l’encouragement du jeu à explorer de nouvelles combinaisons d’atomes grâce aux achats et en introduisant progressivement ces éléments nouveaux dans le laboratoire.
En cherchant à construire un donjon plus résistant aux arrivées des monstres, le joueur doit s’intéresser aux types de molécules, car celles-ci ont des portées et puissances d’attaque différentes, et une résistance aux monstres directement liées à leur point de fusion. Que ce soit en se repérant sur le tableau périodique des éléments, à l’aide du concept d’électronégativité, ou par une conceptualisation catégorielle selon les types de liaisons, le joueur finit par construire des connaissances de chimie pour pouvoir diversifier les molécules dans son donjon, et obtenir les plus résistantes ou les plus offensives du jeu.
Ce faisant, les probabilités sont grandes que des questions émergent, que ce soit sur certaines associations que constate le joueur, ou sur les rapports entre propriétés et liaisons.