Préface de Pierre Vianin
Le travail réalisé par Léna Rueflin et Virginie Joliat est exemplaire et la présente publication indispensable. Les deux autrices ont su articuler des fondements théoriques solides et des supports de travail fonctionnels. L’exercice est difficile : soit les publications pédagogiques sont fondées théoriquement, mais laissent perplexes les enseignant.es ; soit elles présentent des recettes, mais laissent songeurs les pédagogues… J’ai donc le privilège de préfacer cette démarche qui a su articuler ces deux dimensions. Le travail est impressionnant par la quantité des outils proposés et, surtout, la qualité de la réflexion qui les fonde.
Le souci constant de votre travail, Léna et Virginie, c’est de permettre à votre dispositif de s’intégrer directement à l’enseignement et de favoriser, in situ, l’apprentissage des élèves. Les stratégies sont en effet toujours travaillées dans et sur une tâche que les élèves doivent réaliser. Iplouf est exemplaire parce que la démarche est une recherche-action et qu’il s’est construit à partir des discussions et des réflexions sur les pratiques professionnelles.
J’aimerais souligner que cette publication tisse des liens explicites avec le Plan d’études romand (PER) et les capacités transversales. Elle apporte donc un support essentiel au travail sur les stratégies que chaque enseignant.e doit réaliser dans sa classe avec ses élèves. Ce travail métacognitif n’est pas un droit, mais un devoir, puisqu’il est explicitement mentionné dans le PER. Or la plupart des enseignant.es ne se saisissent pas pleinement de ces objectifs stratégiques. Les outils présentés dans ce Kit les aideront efficacement à articuler les apprentissages disciplinaires et les capacités transversales.
Plusieurs avenues sont particulièrement intéressantes : je pense notamment à celles consacrées à l’évaluation de la compréhension et de la mémorisation, mais également aux approches abordant les attentions (au pluriel). Les propositions didactiques sont aussi très pertinentes. Les autrices ont, par exemple, traité de la lecture et des mathématiques avec une grande attention. La résolution de problèmes propose une démarche particulièrement aboutie. De plus, chacune des approches proposées est accompagnée d’une fiche-guide et de supports de présentation toujours très bien conçus.
Si les outils présentés sont vraiment pertinents, leur utilisation nécessite une bonne connaissance de la psychopédagogie cognitive pour déployer tous leurs effets. J’encourage donc les enseignant.es à profiter des compétences de Léna et Virginie lors des formations continues qu’elles proposent. Toutes les démarches et tous les outils ont été expérimentés et régulés par les deux praticiennes-chercheuses. Il s’agit donc de profiter de leur motivation, de leurs compétences et de leur disponibilité !
Enfin, la démarche proposée s’inscrit parfaitement dans une vision plus globale, inclusive, de l’enseignement-apprentissage. Si, avec les nouvelles technologies, les objectifs disciplinaires ont un avenir incertain à l’école, les deux enseignantes ne se trompent pas de cible lorsqu’elles proposent à nos élèves d’apprendre en apprenant à apprendre. Le présent projet leur permettra, lorsqu’ils seront adultes, de comprendre comment ils raisonnent, apprennent, mémorisent, pilotent un projet, etc., autrement dit comment ils peuvent utiliser au mieux leurs compétences cognitives et métacognitives pour résoudre des problèmes complexes.
J’encourage donc chaque enseignant.e à « plonger » dans l’approche stratégique avec « Iplouf ». Léna et Virginie sont d’excellentes monitrices. Elles ont même prévu, dans leur dispositif, des palmes qui accompagneront le transfert de leurs outils dans la classe. Pour apprendre à nager, la meilleure solution est de plonger, mais il est important – vital – d’être accompagné de maitresses nageuses expertes : merci, Léna et Virginie, de cette excellente méthode… de cognition !